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     La Grande Bretagne et  le Brexit

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Pourquoi ce référendum, et pourquoi les Britanniques ont-ils voté pour le "Brexit" et contre le maintien du RU au sein de l'Union ?


Index : La Grande Bretagne et l'Europe La montée de l'Euroscepticisme Les déchirements du parti Conservateur
Article rédigé en janvier 2016. Remis à jour depuis le référendum

ACTUEL  -  Après le référendum
Septembre 2016 - Brexit - état des lieux
Les Britanniques ont voté;  mais il n'est pas sûr que le Brexit aura lieu. Au contraire, il faut éviter le Brexit, non seulement pour la Grande Bretagne, mais parce qu'un Brexit aurait probablement de graves conséquences pour les autres pays européens.
Ne poussons pas la Grande Bretagne au Brexit  alors qu'elle hésite. Ce serait un second acte de folie.

24 juin 2016

L'Angleterre veut quitter l'Union Européenne

Quel gachis!  L'Angleterre, et donc la Grande Bretagne, a voté en faveur du BREXIT. Pour le pays, c'est une décision de honte qui va à l'encontre de l'avis de la grande majorité des forces vives de la nation.

   En quelques heures, la livre sterling a dévissé de 10%, et devra poursuivre sa chute. Le pays est plus fracturé que jamais - fracturé entre l'Angleterre et le Pays de Galles qui ont voté pour sortir de l'Europe, et l'Ecosse et l'Irlande du Nord qui ont voté le maintien. Fracturé entre le pays au nord de la ligne de Londres, qui a largement vote pour quitter l'Europe, et Londres et le sud, qui ont voté en faveur du maintien. 
   Mais surtout fracturé entre "les élites" (dans un sens très large - les diplômés, les intellectuels, la classe politique en générale,) et "le peuple", la classe ouvrière, la classe moyenne populaire, les peu-diplômés; mais aussi entre les vieux qui ont voté pour la sortie, et les jeunes qui ont voté pour le maintien.
. .
  David Cameron a commis la plus grande faute d'un leader politique; il s'est cru invincible. Au moment de lancer l'idée de référendum, il ne pensait pas un instant pouvoir perdre – lui, le grand vainqueur de deux éléctions législatives successives.

  Les négociations britanniques pour sa sortie de l'Union européenne ne vont pas commencer tout de suite ; du moins, pas visiblement. On peut tout de même supposer que d'intenses discussions auront lieu en secret, loin des caméras, dans les mois à venir.  Il reste hautement souhaitable que la Grande Bretagne et l'UE puissent bricoler une issue de secours d'honneur pour la Grande Bretagne, même si "Out is out", comme plusieurs leaders européens l'ont martelé.
    Il reste également possible que la Grande Bretagne renonce à activer l'Article 50 du Traité de Lisbonne, qui seul peut lancer le processus de dégagement.  Si elle ne l'active pas, elle reste au sein de l'Union malgré le Brexit. Certains parlent d'un second référendum, et pourquoi pas – pas forcément exactement le même ? L'Irlande et le Danemark ont déjà refait des référendums sur l'UE après un premier échec : donc un second référendum en Grande Bretagne ne serait pas une innovation.
   Pour l'instant la Grande Bretagne navigue dans le vide; une crise constitutionnelle se dessine. Les deux grands partis politiques sont fracturés de haut en bas. Rares sont ceux qui oseraient dire où va le pays, à quelle vitesse, et avec quel commandant à bord.

   Et l'Europe : le Brexit est une très mauvaise nouvelle pour l'Europe toute entière; et avant tout pour l'Union européenne.

  A qui la faute ?

  A qui la faute de ce débacle? Evidemment en premier lieu la faute à David Cameron. Mais en seconde place la faute à presque toute la classe politique britannique depuis plus de 40 ans, qui a constamment utilisé l'UE comme bouc émissaire pour tout ce qui allait mal, en parlant très peu des avantages et des réussites de l'Union.
   C'est la faute aussi de la presse britannique, très influente, mais dont une grande partie, et notamment la presse populaire, est entre les mains de milliardaires néo-conservateurs, souvent exilés fiscaux. Cette presse ultra libérale est très opposée aux interventions inutiles de l'état, et plus encore au concept même d'une structure supranationale et non-élue comme la Commission européenne.
   C'est aussi dans une assez large mesure la faute à l'Union européenne qui a persisté avec des projets, notamment le projet d'élargissement, alors que l'opinion publique dans tous les pays de l'Union y est hostile.
   Le vote en faveur du Brexit en Grande Bretagne est un choix insensé; mais dans un sens, c'est pour la Grande Bretagne ce qu'était la Révolution française en 1789 - un acte de défiance populaire contre un pouvoir perçu comme non-élu, anti-démocratique, et oppresseur.
   Il a fallu à la France plus d'un demi siècle après la Révolution pour mettre fin aux blessures et trouver un mode de gouvernance relativement stable. Espérons que pour l'Angleterre, la période post-révolutionnaire sera plus courte.
   Ou même, espérons que l'on puisse trouver un compromis qui permettrait de sauver le meubles pour l'Union européenne comme pour la Grande Bretagne.
    On peut s'étonner, trois semaines après le référendum, d'entendre des hommes politiques en France appeler la Grade Bretagne à sortir au plus vite de l'Union européenne, alors que cette sortie ne pourra qu'être néfaste pour l'Union.

La Grande Bretagne et l'Europe - une longue histoire

Janvier 2016
  Pourquoi les Britanniques jouent-ils les troublions au sein de l'Union européenne? Pourquoi n'ont-ils jamais montré le respect des institutions et de l'idéal européens souvent exprimé en France et dans d'autres pays de l'Union? Pourquoi menacent-ils encore une fois de claquer la porte au nez de l'Union, et en ce faisant de provoquer une crise majeure en Europe et un pas dans l'inconnu pour la Grande Bretagne, dont les deux pourraient peiner à se remettre ?

   L'Union européenne est un magnifique projet de coopération internationale, qui a aidé à mettre de la stabilité dans un continent autrefois divisé, et à permettre aux nations européennes de se donner une identité supranationale et peser plus lourd sur le plan mondial face aux autres grandes puisssances de la planète, présentes et montantes. Mais elle n'a pas toujours été du goût de tous – que ce soit en Angleterre ou dans d'autre pays. Les anti-européens sévissent à travers le continent, juste un peu plus en Grande Bretagne que dans d'autres pays. La différence réside surtout dans le fait qu'en Grande Bretagne l'hostilité à l'égard d'une Union européenne supranationale a toujours  été active dans la presse et dans les deux grands partis politiques, Travaillistes et Conservateurs, et notamment au sein du parti Conservateur.

Aux origines de l'Union européenne

   Il est pourtant important de noter que la Grande Bretagne a longtemps été un des moteurs de l'unification des pays européens.... même politique.  

Les premiers projets

  Même si les livres d'histoire en parlent très peu, un premier projet d'union politique et économique entre la France et la Grande Bretagne fut discuté pendant les années 1930. Jean Monnet voyait une union politique entre les deux pays comme pouvant être le noyau d'une future union des pays européens. En 1940, peu avant la capitulation de la France devant l'assaut nazi, une déclaration d'union politique et économique fut approuvée par le cabinet de Churchill et par le premier ministre français Reynaud; c'est Churchill lui-même qui annonça en juin 1940 l'acccord conclu avec Reynaud: "Les deux gouvernements déclarent que la France et la Grande Bretagne cesseront d'être deux nations, et deviendront une union franco-britannique. Chaque citoyen français aura immédiatement la nationalité britannique; et chaque sujet britannique deviendra citoyen français."  Le projet fut torpillé par Pétain.

   Après la Guerre, Churchill a souvent proclamé haut et fort son souhait de voir la création d'une Union européenne. A la première réunion du Conseil de l'Europe à Strasbourg en 1949, il proclama (en français), "Il n'y a aucune raison de ne pas réussir à réaliser le but et à établir la structure de cette Europe unie dont les conceptions morales pourront recueillir le respect et la reconnaissance de I'humanité, et dont la force physique sera telle que personne n'osera la molester dans sa tranquille marche vers I'avenir."
  Contrairement à l'image qui en a été souvent donnée par la suite, Churchill n'était pas un bulldogue souverainiste britannique, mais profondément attaché à l'idée de la construction européenne. En revanche il est resté toujours un peu réticent à l'égard de certains principes de supranationalité qui ont vu le jour au moment où la France et l'Allemagne ont commencé à préparer en 1949 la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (précurseur du Marché Commun). Sa réticence était plus que partagée par d'autres parlementaires britanniques, à tel point que lorsque cette première instance européenne a été mise en place, le gouvernement travailliste britannique n'a pas voulu y participer.

Après Churchill

  Churchill a quitté le pouvoir en 1955, et avec son départ la Grande Bretagne a sûrement perdu le plus éolquent et le plus respecté de ses "Europhiles".  Après lui, les chantres d'une isolation nationale, d'un repli sur la "famille" du Commonwealth britannique et du monde anglophone, ont commencé leur ascendance. L'heure n'était plus à une quelconque union avec les pays du continent européen... même face à un péril commun. En 1956, au moment de la crise de Suez – une union entre la France et la Grande Bretagne fut à nouveau proposée , cette fois-ci par le premier ministre français Guy Mollet.... avec la jeune reine Elizabeth II comme chef d'état de la nouvelle nation. Le projet fut refusé par le premier ministre britannique Anthony Eden.
  Ainsi, quand en 1957 six nations européennes ont signé le Traité de Rome, acte fondateur de l'Union européenne, et ont donné naissance ainsi au Marché Commun, la Grande Bretagne n'en faissait pas partie.

  Le Grande Bretagne de 1957 était toutefois divisée entre ceux qui pensaient que le Pays avait très bien fait de rester en dehors de ce nouveau Marché commun continental, et ceux qui pensaient qu'elle avait fait une grave erreur. Les arguments entre Europhiles et Eurosceptiques allaient prendre de l'ampleur... et fracturaient déjà les deux grands partis politiques.
   Au départ les Travaillistes étaient plutôt hostiles à l'idée européenne, préférant oeuvrer pour un système socialiste en Grande Bretagne plutôt que de s'allier avec des pays européens dirigés essentiellement par des gouvernements conservateurs ou chrétien démocrates.
   De leur côté les Conservateurs restaient toujours majoritairement europhiles, malgré des voix dissonnantes qui rappelaient l'attachement à la souveraineté nationale et à la famille des pays anglophones.

Les premières tentatives d'adhésion

   En 1961, le premier ministre conservateur Harold MacMillan  – craignant que le Royaume Uni ne soit dépassé en termes d'influence géopolitique et poids économique par le nouveau Marché Commun européen – a demandé l'adhésion de son pays. Parmi les six membres fondateurs du Marché Commun, cinq voulaient bien accueillir la Grande Bretagne au sein de l'organisme. Un pays - la France - était hostile. Ou plutôt une personne était hostile, et cette personne était le président français, le général de Gaulle.

   L'hostilité du président français à l'égard de l'entrée de la Grande Bretagne dans le Marché commun avait des raisons politiques, culturelles et surtout personnelles. Pendant la guerre, de Gaulle avait vécu à Londres, d'où il organisait les forces de la France libre ;  mais il n'a jamais pardonné à Churchill ou à Eisenhower de ne pas l'avoir considéré comme leur égal. Après la guerre, il a toujours nourri une méfiance dédaigneuse à l'égard des pays anglo-saxons qui, selon sa vision des choses, voulaient imposer leur modèle à toute l'Europe.
   Ainsi; malgré les demandes des autres pays membres, de Gaulle a opposé son véto personnel à l'adhésion de la Grande Bretagne au Marché Commun par deux fois, d'abord en 1963 quand l'adhésion fut demandée par le gouvernement conservateur, et une seconde fois en 1967 en réponse à une nouvelle demande formulée par le gouvernement travailiste de Harold Wilson – les Travaillistes étant devenus plus europhiles.
  Ce fut enfin en 1973, sous le gouvernement Conservateur du très europhile premier ministre Edward Heath, que la Grande Bretagne parvint enfin à adhérer au Marché Commun; mais ce fut sans liesse nationale. Les années de tractations, la rancoeur à l'égard de la France suscitée par les deux vétos de de Gaulle, les  nostalgies soulevées en Grande Bretagne par la perte de son Empire, et la critique sévère des institutions du Marché Commun, étaient parvenues à semer à travers la population britannique et dans sa presse écrite une réticence, voire une méfiance, à l'égard de cette institution européenne technocratique et non-élue.

La Grande Bretagne au sein de la CEE

   Depuis, les relations entre la Grande Bretagne et l'Europe ont souvent été tendues.  En 1975, le premier ministre travailliste Harold Wilson a organisé un premier référendum sur le maintien de la Grande Bretagne au sein de la Communauté économique européenne. Les Britanniques ont voté à 67% en faveur du maintien. Mais quatre ans plus tard, la nouvelle première ministre conservatrice Margaret Thatcher, nationaliste plutôt qu'eurosceptique, a profité d'un de ses premiers sommets des chefs de gouvernement européeens pour poser les conditions du maintien de la Grande Bretagne dans la Communauté. Ce fut la célèbre demande "I want my money back",  provoquée par le sentiment que l'appartenance à la Communauté européenne coûtait trop cher à la Grande Bretagne. En effet la contribution britannique au budget était perçue comme disproportionnée comparée à celles d'autres pays, notamment la France - plus riche à l'époque.
    Depuis le 19° siècle, l'agriculture britannique, tout en étant la plus moderne d'Europe, ne pouvait plus subvenir aux besoins alimentaires de la population. Le pays devait donc recourir massivement à l'importation, et notamment depuis les Etats Unis et les pays du Commonwealth. De toute façon, changer rapidement de fournisseurs au milieu des années 1970 n'était pas possible, car l'agriculture des pays européens ne dégageait pas les surplus qui auraient pu nourrir l'Angleterre; en plus, les coûts de production en Europe étaient bien plus élevés, et même s'il avait été possible, le remplacement de produits alimentaires de source traditionnelle par les mêmes produits, nettement plus chers, produits en Europe, aurait provoqué une flambée des prix de l'alimentation - processus que tout gouvernement essaie d'éviter.  
   Le problème de la contribution britannique provenait du fait que ces importations alimentaires extra-communautaires étaient taxées par la CEE, contribuant ainsi à gonfler massivement la contribution britannique aux caisses de la Communauté, comparée à celles des pays autosuffisants en agroalimentaire, comme la France. 
   Margaret Thatcher a pu convaincre les Européens du bien fondé de son argument, et en 1984 les instances européennes ont approuvé le principe d'une réduction de la contribution britannique. Ce fut le début d'une période relativement coopérative, même si l'idée thatchérienne d'une Europe libérale unissant des états restés souverains était assez différente de celle voulue par la Commission européenne et par son président Jacques Delors, d'une Europe toujours plus politiquement intégrée, centralisée et supranationale.
  En 1985, Margaret Thatcher a fait partie des chefs de gouvernement qui ont contribué à la création du "Marché unique", qui vit le jour en 1986 . En 1991, c'est son successeur conservateur John Major qui a signé le Traité de Maastricht, transformant la Communauté Economique Européenne en Union européenne.  Mais en 1995, la Grande Bretagne n'a pas voulu intégrer l'espace Schengen.

La montée de l'euroscepticisme

   Pendant 20 ans, de 1990 à 2010, les gouvernements de John Major (Conservateur) et  de Tony Blair et de Gordon Brown (Travaillistes) ont plutôt travaillé pour un renforcement du rôle de la Grande Bretagne au sein de l'Union européenne. Blair, en particulier, était europhile. Mais ce fut surtout cette europhilie au pouvoir pendant près de deux décennies qui a contribué au renforcement de l'euroscepticisme chez les opposants, en particulier au sein du parti Conservateur.
   Dans l'opposition de 1997 à 2010, le parti Conservateur s'est régulièrement déchiré entre Europhiles et Eurosceptiques; et même si ses Eurosceptiques, voire même ses Europhobes, n'ont pas réussi à prendre entièrement le contrôle du parti, ce sont surtout eux qui ont parlé avec les plus fortes voix quand il s'agissait de commenter l'Union européenne.

Role de la presse

   En cela ils ont été copieusement appuyés par une partie significative de la presse nationale britannique ultra-conservatrice, et notamment par un  important quotidien de la presse "sérieuse", le Daily Telegraph et par le tabloïd Daily Express, de droite souverainiste, ainsi que le Sun, tabloïd de droite. Ces journaux ne manquent pas d'occasion pour critiquer la bureaucratie et le gaspillage de "Bruxelles"... y compris en publiant des histoires inventées et des chiffres fantaisistes. Mais les lecteurs sont souvent dupes.
  On ne peut pas sous-estimer l'importance de la presse nationale quotidienne britannique, largement contrôlé par des groupes de presse non-britanniques ou des propriétaires expatriés ou étrangers, dans le formatage de l'opinion publique en matière de politique, et plus particulièrement à l'égard de l'union Européenne.  Le Daily Telegraph, propriété des frères Barclay, ultra-libéraux et exilés fiscaux, est devenu une des principales organes médiatiques eurosceptiques ; le Times et le Sun appartiennent à l'eurosceptique viscéral Rupert Murdoch, dont le groupe de presse international est également propriétaire de la chaîne américaine ultra-conservatrice Fox News. Le Daily Mail, accusé par Amnesty International de xenophobie et de racisme à propos de son traitement de la crise de l'immigration en Europe en 2015, arrive en deuxième place dans le palmarès des quotidiens les plus vendus en Grande Bretagne.
   Ansi, les Anti-Européens, partisans du "Brexit" (la sortie de la Grande Bretagne de l'Union européenne) ont rarement manqué d'outils médiatiques pour crier leur colère à l'égard d'une Union européenne dont ils critiquent le coût, les gaspillages, l'ingérance dans les affaires des états membres souverains, et le déficit démocratique. Et le message passe bien auprès de l'électorat britannique (comme d'ailleurs en France).  Il ne se passe pas un jour sans que la presse britannique n'évoque ce qu'elle considère comme une nouvelle scandale, une nouvelle ingérance, une nouvelle idée ridicule, ou une nouvelle erreur de Bruxelles.
   Parmi quelques directives européennes récentes qui ont embrasé la presse eurosceptique en Grande Bretagne, on peut compter l'interdiction des aspirateurs de plus de 1600 watts, des directives sur la taille et la forme des concombres, ou la normalisation européenne des urinoirs... mesures coûteuses et d'une utilité douteuse édictées par des technocrates non-élues mais que les parlements élus des pays membres ne peuvent pas opposer.
   Quant aux aspects positifs de l'Union européenne, l'intégration des Pays de l'est, l'abolition des barrières entre les pays, le développement économique, le poids de l'Europe dans les négociations économiques mondiales, les progrès sociaux, les mesures en faveur de l'environnement, la presse eurosceptique britannique en parle peu... sauf pour les critiquer.

Les déchirements du parti Conservateur

   Si le parti Conservateur a été écarté pendant 13 ans du pouvoir en Grande Bretagne, ce fut en partie à cause de l'Europe. La lutte entre Europhiles et Eurosceptiques a profondément divisé le parti, et ce n'est qu'en se positionnant ni dans l'un ni dans l'autre des deux camps que David Cameron a pu prendre le contrôle effectif du parti, et encore gagner deux élections législatives de suite.
   Lui-même europhile, convaincu (jusqu'à nouvel ordre) que la place de la Grande Bretagne est au sein de l'Union, il a tout de même dû peupler son gouvernement d'un mélange d'Europhiles et d'Eurosceptiques ; c'était une sinéquanone pour gouverner, surtout depuis son succès aux législatives de 2015 et la formation d'un gouvernement 100% Conservateur.

Le chemin vers un référendum

   La promesse d'un référendum sur le maintien du Royaume Uni dans l'Union européenne fut une tactique électoraliste – et hautement périlleuse – pour attirer de nombreux électeurs tentés par les voix sirènes de l'UKIP, parti indépendentiste et très eurosceptique mené par le très médiatique Nigel Farage. En tant que tactique électoraliste, c'était un coup très réussi, qui a bafoué les sondages et donné à Cameron aux élections de 2015 une majorité Conservatrice inespérée au parlement britannique.
   C'était aussi donner au peuple britannique ce que l'Union européenne ne leur donne pas; une opportunité de refuser de se soumettre à des mesures imposées par la "bureaucratie non-élue" de Bruxelles.
   Fort de son succès, Cameron a donc mis en route le processus menant à un nouveau référendum, promis pour 2016 ou pour 2017. Mais avant, il fallait poser les conditions du maintien de la Grande Bretagne, et les faire accepter par les autres membres. En bref ce sont quatre conditions que Cameron a mis devant ses partenaires européens en janvier 2016.
  • Pas de discrimination contre les états qui n'ont pas adopté l'Euro
  • Plus d'importance accordée à la compétitivité de l'Europe dans le contexte interne et mondial
  • Renforcement du pouvoir des parlements nationaux élus par rapport aux non-élus de Bruxelles.
  • Possibilité de restreindre les allocations sociales données aux nouveaux immigrés venant d'autres pays de l'Union.
Si les trois premiers points ont pu être acceptés sans état d'âme, c'est le dernier qui posait problème à certains autres pays membres.
   En 2016, avec 256 personnes au km², la Grande Bretagne est le pays le plus densement peuplé d'Europe – cela malgré les vastes zones très-peu peuplées de l'Ecosse ; et la population n'arrête pas de grimper, surtout à cause de l'immigration, qu'elle soit européenne ou non.
   Au fait, la Grande Bretagne est au début de 2016 de plus en plus perçue comme étant le pays le plus attractif pour l'immigration intra-europénne ; l'économie croit à plus de 2%, le chômage y est faible, le nombre d'emplois y est à un niveau record historique, le salaire minimum est parmi les plus élevés des pays de l'Union et vient de bondir encore avec la mise en place du "living wage" (salaire minimum amélioré) depuis avril 2016. Les impôts y sont relativement faibles, et les allocations sociales sont élevées... et enfin on y parle une langue que presque tout le monde a appris à l'école. Malgré les promesses électorales répétées, la migration nette vers le Royaume Uni reste très élevée, et aujourd'hui elle est à près de 50% intra-européenne. En janvier 2014, les immigrés d'autres pays européens représentaient 4,1% de la population britannique, taux supérieur aux autres grands pays européens (Allemagne: 3,8%, France 2,2% - source Eurostat).
   Lors des négociations du début de l'année, David Cameron a obtenu de ses partenaires Européens la possibilité de restreindre les allocations sociales versées aux nouveaux-arrivants venus d'autres pays UE; mais pour une partie de l'électorat, cela n'a pas suffi.

La campagne du référendum

   Sensé être portée essentielllement sur les questions économiques, la campagne pour le référendum a rapidement été largement recentrée sur la question de l'immigration. Au sein du camp du Brexit, les voix sirène ont fait porter la responsabilité de la forte immigration en Grande Bretagne sur le dos de l'Union européenne, suggérant qu'il suffisait de quitter l'Union européenne pour que l'immigration baisse fortement.
   Hélas une frange de l'électorat les a cru, et a voté essentiellement sur la question de l'immigration et non sur la question de l'Europe. C'était suffisant pour faire basculer la majorité du côté du Brexit.

   Ce n'était pas le scénario prévu. Comme la plupart des commentateurs,  Cameron ne pensait pas un instant qu'il perdrait le référendum, sinon il ne l'aurait sûrement pas organisé.
   Presque tous pensaient que les électeurs britanniques allaient voter pour le maintien du Royaume Uni au sein de l'Europe, et cela pour deux raisons principales :
  • les précédents historiques, qui sont le référendum de 1975, et le référendum sur l'indépendance de l'Ecosse en 2014
  • la peur de l'inconnu
Appelés deux fois dans les 50 dernières années à se prononcer sur une scission, les électeurs britanniques et écossais l'ont deux fois refusée, et par des marges dépassant celles annoncée par les sondages .  Et quand il s'agit de voter sur une question qui engage l'avenir du pays sans possibilité de retour en arrière, les électeurs sont prudents, préférant le diable qu'ils connaissent au diable qu'ils ne connaissent pas. On pouvait donc penser que les électeurs britanniques allaient dire OUI au maintien de leur pays au sein de l'Union européenne
   C'était sousestimer la puissance des forces pour le Brexit, et hélas sousestimer la capacité de certains électeurs de comprendre réellement quels étaient les enjeux du référendum.  Les multiples campagnes pour le Brexit ont redoublé de vigueur dans les semaines précédant le référendum ; la campagne en faveur du Brexit ne manquait pas de poids-lourds ; et la presse eurosceptique a cherché tous les abus, toutes les ingérances, et  de nombreuses affabulations, pour convaincre ses lecteurs de voter la sortie de la Grande Bretagne de l'Europe. Le parti UKIP a fait campagne sur le thème de l'immigration, et enfin le référendum est venu au pire moment, moins d'un an après la crise des réfugiés en Europe.

  Cameron a mis en jeu l'avenir de l'Europe, l'avenir de la Grande Bretagne .... et son propre avenir.  Et il a perdu. La sortie de la Grande Bretagne de l'Europe (si réellement elle a lieu) pourrait accélérer l'éclatement du Royaume Uni, car les Ecossais ont voté massivement pour rester en Europe.  Cameron ne voudra pas que l'histoire se souvienne de lui comme l'homme qui aura détruit l'Europe et le Royaume Uni : mais sauf retournement de situation,  cela risque d'être ce que le sort lui réservera.

   Le résultat du référenduma été plus ou moins scellé en février : Boris Johnson, le plus éloquent des poids lourds de la politique britannique,  a choisi le camp des "sortants". Ce choix a été largement commmenté dans la presse britannique comme étant au moins partiellement motivée par son ambition politique. En choisissant le camp du Brexit, il s'était du coup placé en position de premier "premier-ministrable" pour remplacer David Cameron.

   Mais coup de théâtre au 30 juin, cinq jours après la victoire du Brexit au référendum. Dans une conférence de presse où Boris devait annoncer sa candidature pour remplacer David Cameron, il annonce qu'il renonce à briguer le poste. Trahi par son collaborateur Michael Gove, comme César par Brutus, il prend ses distances. Mais pour combien de temps?
   On ne peut pas imaginer un instant qu'il ne recule pas pour mieux sauter; mais quand, et comment?
   Décidément l'histoire du Brexit n'est pas encore terminée, et on peut s'attendre à de nouveaux rebondissements inattendus dans les semaines et mois a venir.  Et dans les années à venir.
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Démographie des intentions de vote

Cette démographie prévue s'est réalisée - avec peut-être une polarisation plus marquée entre les jeunes et les vieux, les diplômés et les non-diplômés, les Britanniques qui réussissent et les oubliés de la croissance.

Fin 2015, parmi les électeurs britanniques, environ un tiers de la population était encore indécis; mais les jeunes et les électeurs mieux qualifiés étaient déjà plus favorables au maintien de la Grande Bretagne au sein de l'Union.

Les données de la British Election Study (Waves 4 and 6) ont été analysées par Matthew Goodwin et Caitlin Milazzo pour une communication du programme Europe de Chatham House (Institut royal des Affaires internationales) en décembre 2015 . (Lien).  Le tableau ci-dessous fait la synthèse des résultats du sondage sur le soutien et  l'opposition à l'égard du projet de retrait de l'Union européenne.

En pourcentage des sondés.

Catégorie Britain should remain IN the European Union   INDECIS Britain sould LEAVE the European Union
Par tranche d'âge
18 - 34 42 37 31
35 - 54 30 36 33
55 + 29 28 43
Par niveau d'études : Fin des études à l'âge de...
16 ans ou moins 22 33 45
17 - 18 30 38 32
19 ou plus 45 31 24

  On peut noter une corrélation entre la tendance eurosceptique et l'âge, qui n'est peut-être pas sans relation avec le fait qu'en Grande Bretagne une part non-négligeable des plus de 55 ans a formé ses opinions de l'Union européenne sur la base de trois décennies de lectures d'articles dans la presse populaire eurosceptique. Les jeunes par comparaison s'informent nettement moins par le biais de la presse nationale quotidienne, et beaucoup plus sur Internet.
 

Webographie -  Deux articles intéressants (en anglais) parmi des milliers....
  • From the European Coal and Steel Community to the Common Market - conférence de Vernon Bogdanor, professeur de gouvernement britannique à l'université d'Oxford.  Lien
  • Centre for European studies: Essay - Why is Britain Eurosceptic ?  Lien
    
Andrew Rossiter
Ancien maître de conférences à l'université de Franche-Comté







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Le 23 juin, les Britanniques ont voté contre le maintien de leur pays au sein de l'Union européenne. C'était la consulation populaire la plus importante depuis la seconde guerre mondiale, et déterminera non seulement l'avenir du pays pour des décennies à venir, mais aussi l'avenir de toute l'Europe. Comment en est-on arrivé là? Quels sont les enjeux? 

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