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Elections législatives 2024

Scrutin, partis, enjeux et prévisions

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Matières :  Le mode de scrutin Les choix en 2024
Les partis Prévisions et le lendemain

Les prochaines élections législatives britanniques auront lieu le 4 juillet 2024.

Sauf énorme surprise les Conservateurs, au pouvoir depuis 2010, essuyeront une lourde défaite. Selon tous les sondages du début de l'année, ce sont les Travaillistes qui l'emporteront haut la main, renvoyant les Conservateurs sur les bancs de l'Opposition pour au moins cinq ans.
    Pour les Conservateurs, réélus en 2019 sous Boris Johnson avec une majorité écrasante, la défaite cinq ans plus tard sera une pilule très amère. Mais elle sera la conséquence inéluctable de l'usure du pouvoir et de l'éclatement du parti dont les ruptures internes se sont amplifiées depuis la malencontreuse décision du premier ministre David Cameron d'organiser un référendum sur le Brexit en 2016.
    En principe le Brexit ne sera pas un sujet électoral en 2024 ; il a déjà profondément endommagé et le parti Conservateur et le parti Travailliste. Tous deux  restent sérieusement divisés sur le sujet et souhaitent éviter de rouvrir les blessures des dernières années. Comme disait Boris Johnson, "le Brexit est fait." Point.... Mais le Brexit n'est pas complètement "fait", et ce qui est fait peut être défait ; il est donc inévitable que le Brexit restera, selon l'expression, "l'éléphant dans la pièce" (ou selon l'ancien leader Travailliste Neil Kinnock "le mammouth dans le placard"), un sujet qui sous-tendra invisiblement une bonne partie du débat politique dans les mois précédant l'élection.

Mode de scrutin

    Au Royaume Uni, le mode de scrutin n'a pas évolué. On utilise toujours le système historique appelé "first past the post".... comme dans une course où le gagnant est tout simplement  le premier au pôteau. Il n'y qu'un seul tour, et il n'y a aucune représentation proportionnelle. Le système convenait très bien à une époque où il n'y avait sur l'échiquier politique que deux ou trois grands partis, car il favorise les grands partis, au détriment des petits. Par contre c'est un système électoral moins bien adapté à un paysage politique avec de nombreux petits partis.
    On cite souvent comme avantages de ce système de scrutin, qu'il favorise la formation de gouvernements stables,  qu'il empêche le fractionnement de ces grands partis en petits partis, et qu'il décourage la création de partis cultes autour d'ambitions personnelles.
    Comme désavantages, on cite surtout que le système concentre le pouvoir entre deux grands partis qui se le partagent en alternance, et rend très difficile la percée de tout autre parti. Sans aucune dose de représentation proportionnelle, il permet régulièrement la formation de gouvernements bénéficiant du soutien de moins de 40% des électeurs, en laissant un autre tiers avec quasi aucune représentation au parlement.
    Depuis quelques années, et en particulier aux élections législatives partielles, on constate un développement du "vote utile". Grâce aux réseaux sociaux locaux et à l'Internet, de plus en plus d'électeurs votent pour le candidat le plus en mesure de battre le candidat du parti dont ils ne veulent pas. Ainsi, depuis 2019 les Conservateurs n'ont gagné qu'un seul siège lors d'élections partielles, mais en ont perdu 11, y compris dans des bastions réputés inassailables.
    Aux élections législatives de 2024, la réussite ou l'échec de campagnes de vote utile au niveau de circonscriptions clés déterminera l'amplitude de la défaite prédite des Conservateurs.

Les choix en 2024

    Comme depuis un siècle, la plupart des électeurs britanniques choisiront entre les deux grands partis historiques du pays, les Conservateurs sur la droite, et les Travaillistes sur la gauche. En Ecosse et au Pays de Galles, les scrutins seront largement triangulaires voire quadrangulaires avec la présence de candidats nationalistes et les centristes du parti Libéral Démocrate (LD) ; les scrutins seront également triangulaires ou quadrangulaires en Angleterre, dans les circonscriptions où les LD ou les Verts ont une implantation forte. En Irlande du Nord, le scrutin opposera essentiellement les partis Unionists favorables au maintien de l'Ulster au sein du Royaume Uni, et les Nationalistes favorables à la réunification de l'Irlande.
        Un nouveau parti d'extrème droite, Reform, tentera de s'imposer dans certaines circonscriptions; et partout la liste des candidats au poste de Député sera complétée par une poignée de candidats indépendants, allant de l'historique Official Monster Raving Loony Party (le parti officiel des loufoques, fondé en 1982) à des candidats auto-proclamés, défenseurs de toutes les causes imaginables et inimaginables.

Les partis

Les Conservateurs en 2024

Le Parti Conservateur britannique est historiquement un parti à base large, couvrant toute la droite de l'échiquier politique en Angleterre. Y cohbitaient - et cohabitent encore dans une certaine mesure - toutes les tendances de la droite, allant des néo-libéraux aux nostalgiques nationalistes et aux sociaux-conservateurs du centre droite.

Jusqu'en 2016 les conflits internes du parti se crystallisaient depuis un demi-siècle autour de la question de l'Europe; et si le parti restait aux mains du centre droite pour qui l'avenir de la Grande Bretagne était au sein de l'UE, les dissidences mençaient toujours l'unité du parti. Ce fut  pour mettre fin à ces dissidences internes que le premier ministre d'alors, David Cameron, avait décrété un référendum national sur la question du maintien ou non de la Grande Bretagne au sein de l'Union européenne. Son Gouvernement, tout comme l'opposition Travailliste, étant favorable au maintien (le "remain"), Cameron n'imaginait pas un instant que les protagonistes du Brexit l'emporteraient.

Ainsi au lieu de mettre fin aux divisions internes du Parti Conservateur, le Référendum les a amplifiées. Depuis la démission de Cameron, et jusqu'en 2019, le parti peinait à gouverner et surtout tournait en rond sur la mise en place du Brexit demandé par "le peuple" (37% des électeurs inscrits).  Les mesures radicales demandées par l'aile droite du parti étaient toujours édulcorées ou contrecarrées par des alliances éphémères entre  députés Conservateurs centristes, écoeurés par le résultat du Référendum, et des députés d'opposition. Ce ne fut qu'en 2019, avec la désignation  de Boris Johnson au poste de chef du parti et ainsi de Premier Ministre, que l'impasse s'est dénouée. Surfant sur une vague de populisme et de promesses, Johnson a mené les Conservateurs, quoique partiellement abandonnés par leur électorat et leurs anciens députés centristes, a une victoire écrasante aux élections législatives de 2019.

Quatre ans et demi plus tard, le parti du populisme et des promesses a perdu son éclat. Si le Covid a accéléré la chute politique de Johnson, contraint à la démission des postes de Premier Ministre et même d'élu, les multiples déboires de députés Conservateurs, ainsi que les 49 jours catastrophiques du mandat de son successeur Liz Truss, ont fini par briser en éclats la réputation de compétence dont jouissait autrefois le parti. Désigné en 2022, le premier ministre actuel Rishi Sunak n'a rien pu faire pour remonter les fortunes du Parti Conservateur qui reste, au printemps 2024, au plus bas dans les sondages.

Si les médias de droite, menés par le Daily Mail, le Daily Express et le Daily Telegraph, maintiennent malgré vents et marées leur soutien idéologique au Parti Conservateur, le public britannique ne suit pas. Tiré par son aile droite toujours eurosceptique, néolibéral et réactionnaire, et bouleversé par des scandales de moeurs et de trafic d'influence, le parti a perdu beaucoup de crédibilité auprès de la classe moyenne des régions rurales et périurbaines du sud de l'Angleterre où, depuis 2020, il a perdu une suite d'élections partielles dans des bastions considérés jusque là comme intouchables.

Ainsi, le parti Conservateur qui se présentera aux élections de 2024 ressemble peu au parti qui avait été réélu sous David Cameron en 2015, et même assez peu au parti réélu sous Boris Johnson en 2019. Malgré l'expérience désastreuse pour l'économie britannique des sept semaines de gouvernement néo-libéral de Liz Truss en 2022, malgré tous les problèmes insolubles dûs au Brexit, malgré l'inflation, l'augmentation de la pauvreté, et la baisse générale du niveau de vie des Britanniques, le parti reste ancré idéologiquement à droite, mettant en avant comme thématiques électorales l'immigration, la lutte contre le wokeisme (libéralisme social ou socialisme libéral), et la baisse des impôts. Cela plaît aux militants du parti, comme à l'électorat d'extrème droite ou susceptible aux promesses populistes, mais ne suffira pas pour faire gagner une élection.... au contraire.

En avril 2024, le Dr Dan Poulter, député et ancien ministre de la santé, a démissionné du parti Conservateur pour rejoindre le parti Travailliste, en déclarant au journal Observer : « J'ai l'impression que le parti Conservateur est passé d'un parti pragmatique de centre-droit, attaché aux services publics et au rôle de l'État et les comprenait, à [...] un parti nationaliste de droite. »  Poulter a été député Conservateur pendant 14 ans.

Reform

    Sauf surprise, les déboires électorales du Parti Conservateur en 2024 seront amplifiées par l'émergence depuis 2021 d'un nouveau parti populiste de droite nommé Reform. Au fait, Reform est la dernière métamorphose d'un parti souverainiste et nostalgique, et de son leader ultra populiste Nigel Farage qui depuis 1997 essaie de dépasser les Conservateurs sur leur droite. C'est en 1997 que Farage prend le contrôle du petit parti eurosceptique nommé UKIP, qu'il transforme en machine de guerre pour exiger un référendum.
   Après la victoire du "oui" au référendum sur le Brexit, Farage quitte l'UKIP (qui existe toujours) pour créer le Brexit Party. Par la suite le parti change de nom pour devenir Reform UK en 2021. C'est un parti qui défend les causes libertaires et populistes. Crédité dans les sondages de jusqu'à 10% des voix aux prochaines élections (mais ayant une popularité très disparate selon les circonscriptions), c'est un parti qui amplifiera la défaite des Conservateurs.

Les Travaillistes

La traversée du désert du parti Travailliste dure depuis sa défaite aux élections législatives de 2010, et cela magré  les déboires du Parti Conservateur au pouvoir. Traditionnellement le parti principal d'opposition bénéficie de toute division ou scandale au sein du parti de gouvernement au parlement britannique. Ainsi en 2015, après cinq ans de gouvernement de coalition pas très populaire entre Conservateurs et Libéraux-Démocrates, les Travaillistes auraient dû pouvoir emporter haut la main les élections. Ils ont échoué, notamment à cause de la perte de 40 sièges en Ecosse au bénéfice du parti nationaliste, et d'un score bien en deça des attentes en Angleterre.
    C'est pourtant par la suite que le parti a connu ses pires années. En 2015, le  parti a désigné comme leader Jeremy Corbyn, candidat de l'aile gauche. Si le choix de Corbyn a bien plu aux militants, la désignation du leader le plus à gauche de l'histoire du parti n'a pas permis aux Travaillistes de profiter des déboires du parti Conservateur suite au Brexit. Au désespoir des électeurs de centre gauche, Corbyn est resté très neutre sur le Brexit au moment où les Conservateurs s'entre-déchiraient sur la question, et en 2017 les Travaillistes - tout en augmentant légèrement leur nombre de députés - ont perdu les élections législatives en faveur des Conservateurs, pour la troisième fois consécutive. Deux ans plus tard, en 2019, ils ont perdu pour la quatrième fois – cette fois-ci très largement – face à un parti Conservateur dopé par les promesses et le populisme de Boris Johnson. Malgré l'impopularité de Johnson (qui au moment des élections bénéficiait d'une côte de popularité de seulement 35%), les Travaillistes ont perdu 60 sièges de député, leur plus faible score depuis 1935.
    Depuis 2020, le parti s'est recentré sous le contrôle de Sir Keir Starmer, et a entamé une lente renaissance. Venu tardivement à la politique, Starmer était autrefois Procureur Général et avocat sécialisé en droits de l'homme. Peu à peu il a su réaligner la politique du parti vers le centre gauche au point où – enfin – il l'a rendu à nouveau crédible aux yeux d'un électorat du centre qui l'avait abandonné pendant les années Corbyn.
    Ainsi depuis le débacle des Conservateurs pendant et après les derniers mois du gouvernement Johnson, le parti Travailliste a réussi à consolider une confortable avance de l'ordre de 20 points dans les sondages d'opinion. Tout donne à penser qu'il remportera largement les élections au mois de juillet 2024.
    Pourtant, rien n'est gagné d'avance et tout n'est pas clair, surtout par rapport à la situation du Royaume Uni vis-à-vis de l'Europe. Selon les derniers sondages, 78% des électeurs qui votent Travailliste pensent que le Brexit était une erreur, point de vue partagé par de nombreux députés ; mais Starmer refuse de s'engager dans une quelconque voie, disant seulement que la Grande Bretagne devra réparer ses rapports avec l'UE.
    A vrai dire, Starmer, comme les stratèges du parti, reste tétanisé par la peur de ne pas récupérer cette partie ouvrière de l'électorat traditionnel de gauche qui l'a abandonné en faveur du populisme anti-européen des Conservateurs, et sans qui – quelle que soit l'impopularité des Conservateurs – il aura du mal à obtenir une majorité absolue au prochain parlement. Ce n'est qu'après les élections que se dessinera plus clairement la vraie politique des Travaillistes en matière de réparation des rapports avec l'Europe.

Le parti Libéral Démocrate

    Le parti Liberal Democrat (LD) est le troisième parti historique dans le paysage politique britannique. C'est le décendant direct du parti Whig formé à la fin du dix-septième siècle, devenu parti Libéral au 19e siècle et parti Libéral Démocrate  en 1988 après sa fusion avec le parti Social Démocrate SDP..   
    A la fin du 20e siècle, alors que Conservateurs et Travaillistes décevaient une partie croissante de leur base électorale, les LD ont commencé une percée, emportant 46 sièges de député aux élections de  1997 et jusqu'à 62 en 2005. En 2010, le parti a emporté 52 sièges de député, lui permettant de déterminer la couleur du gouvernement suivant, car ni les Conservateurs ni les Travaillistes ne bénéficiaient à eux seuls d'une majorité.
    Au grand dam de nombreux de ses électeurs, plutôt de centre gauche, le leader d'alors Nick Clegg a choisi d'entrer en coalition avec les Conservateurs, promettant de servir de force d'équilibre contre l'aile droite du parti Conservateur. Si, objectivement, les LD ont pu faire appliquer pendant ces cinq années de coalition une partie non-négligeable de leur programme, ils ont échoué sur une promesse clé et très chère à de nombreux électeurs, à savoir d'abolir les importants frais d'inscription universitaires mis en place par les Conservateurs. Ce fut un désastre pour le parti, et aux élections de 2015 les LD n'ont pu sauver que 8 sièges de député, contre 57 au parlement précédent.
    C'est ainsi que le plus Europhile des grands partis britanniques fut largement absent de la Chambre des Communes au moment où la question du Brexit focalisait tout le débat politique en Grande Bretagne. Depuis bien avant le Référendum de 2016, les LD clament haut et fort que la place du Royaume Uni est au sein de l'Union Européenne ; depuis c'est le seul des grands partis à avoir fermement maintenu sans fléchir cette position pro-européenne, préconisant le maintien du pays au sein du Marché Unique, et sa réadhésion dès que possible à l'Union.
        Au printemps 2024, et alors que les sondages indiquent que la proportion des Britanniques souhaitant la réadhésion du pays à l'UE dépasse désormais largement ( autour de 15 points) ceux qui souhaitent poursuivre l'aventure du Brexit, le parti concentre ses efforts électoraux sur les régions rurales et périurbaines du sud de l'Angleterre et sur les jeunes électeurs bien plus europhiles que les plus âgés.

Prévisions et lendemain des élections

    Selon les prévisions, les Travaillistes remporteront assez de sièges pour former un gouvernement uni à la suite des prochaines élections législatives.
    Les Conservateurs, au plus bas dans les sondages, perdont les deux tiers de leurs sièges, pour se retrouver avec une représentation historiquement basse au  prochain parlement ; puis déjà largement sous influence de son aile droite, le parti entamera un virage encore plus à droite sous la direction d'un nouveau leader, peut-être Suella Bravermann.... voire même d'un Nigel Farage qui aurait réintégré le parti avec ou sans le parti Reform.
    Quant aux Libéraux Démocrates, le virage encore plus à droite des Conservateurs leur permettra enfin de se positionner comme seul  parti d'un large centre socio-libéral et social démocrate, en mesure de servir d'opposition effective aux Travaillistes (ou aux Conservateurs) après les élections suivantes, prévues en 2029.
    En fonction de l'ampleur de la victoire des Travaillistes, et du nombre de sièges remportés par les LD, la question épineuse des relations du Royaume Uni avec l'Union Européenne sera traitée avec plus ou moins d'urgence, et plus ou moins de détermination.
    S'il est peu probable que le Royaume Uni rejoigne à nouveau l'UE avant la fin du prochain parlement, une réintégration de fait - complète ou partielle - au sein de nombreuses structures européennes, y compris du Marché Unique, paraît envisageable.


Andrew Rossiter
Maître de conférences en civilisation britannique



Le paysage politique de l'Angleterre
est marqué depuis un siècle par une grande stabilité des partis principaux. Conservateurs et Travaillistes se partagent le pouvoir, les Libéraux-démocrates occupant le terrain entre ces deux grandes formations.  Mais depuis  le Référendum sur le Brexit qui a divisé les deux grands partis, ceux-ci ont beaucoup évolué, voire changé.

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Rishi Sunak, premier ministre britannique depuis octobre 2022.

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